Guided By Voices – The Bears For Lunch (2012)

Lorsque l’on veut parler du dernier album de Guided By Voices, mieux vaut ne pas trop tarder sous peine de se retrouver à évoquer l’avant dernier ou l’antépénultième (l’EP Down By The Racetrack est ainsi paru entre temps…). Les incroyables légendes de l’indie rock lo-fi continuent de pondre des galettes d’une vingtaine de titres en veux-tu en voilà, et si toutes ne parviennent plus nécessairement à retenir l’attention, ce Bears for Lunch laisse les traces d’un joli coup de griffes.

Au fond, rien de très neuf dans les recettes de la bande à Robert Pollard, rien non plus qui dépasse l’extraordinaire Alien Lanes (1995). Mais toujours cet insolent talent de parsemer la profusion de petites merveilles mélodiques, qui ici sont plus nombreuses que sur les deux autres LP (?!) parus en 2012, Let’s Go Eat the Factory et Class Clown Spots a UFOThe Challenge is Much More ou Waving at Airplanes en sont, au hasard, des exemples parfaits. On est prêt à suivre encore un bon moment les voix d’ours si bien léchés.

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The Ambulars – Dreamers Asleep At The Wheel By (2012)

Décidément, ces derniers temps, la scène alternative de Philadelphie ne laisse de surprendre. Nous avions déjà parlé par ici, dans des styles assez différents, des sympathiques Catnaps, Stable Boys et autre Alex G. Voici qu’aujourd’hui se distinguent The Ambulars et leur petite indie power pop qui, sans prétention, réserve avec Dreamers Asleep At The Wheel By et ses nombreuses références quelques passages bien agréables.

On pense ainsi d’abord à la pop punk de Nerf Herder sur l’inaugural We’re Golden, tandis que le chant évoque parfois Ash, sur Swan Dive par exemple, ou The Lonely Forest, sur Hiding Out, Atonal Eclipse of the Heart ou This Year’s Jet Trail. Ce dernier titre ayant d’ailleurs également comme un goût de Jets To Brazil. Plus fulgurants sont ces riffs à la Dinosaur Jr. sur Asleep at the Wheel et Tides. Un Tides justement assez imparable, comme l’autre titre chanté par la bassiste Jen, Growing Cold, certainement les deux meilleurs de l’opus. Voilà un album plaisant quoique sûrement un peu inégal. Mais certainement pas de quoi tirer sur The Ambulars.

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Love of Everything – Sooner I Wish (2011)

Le Chicagoan Bobby Burg, qui a déjà l’habitude de turbiner dans une petite tripotée de groupes (Joan of Arc, Make Believe, Vacations), s’est trouvé depuis plus de dix ans une entité au sein de laquelle il bricole ses trucs plus personnels : Love of Everything. Une demi-douzaine d’enregistrements a ainsi vu le jour, certains assez collaboratifs, d’autres à l’effectif plus réduit. C’est le cas du dernier EP en date, ce ravissant Sooner I Wish enregistré à la maison avec l’unique contribution du batteur Matt Holland.

On y retrouve trois courtes et accrocheuses pop songs, et un instru un poil plus long, Here Come the Warm Regrets, pas vraiment expérimental mais en tout cas aux boucles enivrantes. L’amertume des compositions, écrites suite à un divorce, est exaltée par une charmante saveur lo-fi, avec cette gratte crade en fil conducteur. L’ambiance peut faire penser au Ben Lee de Grandpaw Would (Three Way Answers en particulier) ou à du Number One Cup. Mais derrière le minimalisme point un surprenant songwriting. Ainsi Want, après une épatante intro sur 65 secondes, s’avorte d’elle-même juste après l’entrée du chant et deux phrases plaintives. Comme un symbole de la frustration finale après ces neuf petites minutes de bonheur intimiste.

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Family Cat – Dealing With Depression (2012)

C’est au cœur de l’été que les prometteurs Family Cat ont fini par dévoiler leur premier album, après un excellent EP fin 2011 (Don’t Let This Be You) et un apéro à ce Dealing With Depression en juin (He Looks Like A Fucking Vampire From Buffy). Comme pressenti en sifflant ce dernier, les quatre de Richmond s’affranchissent déjà un peu de leurs premiers pas pour complexifier et enrichir des morceaux qui, s’ils perdent un soupçon d’évidence, gagnent en épaisseur.

Toujours dans cette veine d’un punk rock mélodique futé, souvent beuglé, parfois plus apaisé, Family Cat sait sortir de sa confortable litière et batifoler dans des jardins pas si communs. Il n’y a qu’à écouter la belle variété des six premières minutes de Dealing With Depression pour s’en convaincre. Puis se laisser emballer par l’impeccable Loosey Goosey ou les couplets de Big Black (Songs About Fucking) et leur basse infernale. Un LP qui, finalement, tient plus de l’antidépresseur qu’autre chose.

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Attention, le son est assez calamiteux, mais je n’ai trouvé que ça comme vidéo sur le Net :

FIDLAR – FIDLAR (2013)

Si c’est le soleil plombant de Los Angeles qui a tapé sur le système de ces jeunes gars décontractés, voilà une belle publicité pour les ultraviolets. Plus vraisemblablement grisés par diverses substances plus ou moins légales, les skateurs de FIDLAR (pour “Fuck It Dog Life’s A Risk”), après quelques fameux maxis, sortent en février 2013 ce premier album éponyme, frénétique et tourbillonnant. Et font valoir avec un brio certain leur alchimie de pop punk rock surf garage lo-fi ingénieusement déglinguée.

Parmi les 14 titres de FIDLAR, à peu près que de l’enthousiasmant. Cheap Beer, par exemple, sonne comme des Beastie Boys facette punk qu’on aurait perdu au large de la Californie, puis retrouvé, ahuris, échoués sur un parking à côté de leur planche, emportée par une vague un peu trop forte. No Waves et Wake Bake Skate, justement, sont des petites merveilles sous speed provoquant un irrépressible balancement saccadé au niveau de la nuque tandis que les arpions s’en viennent à marteler frénétiquement le plancher. Du début jusqu’à la fin, FIDLAR fait bruisser la rumeur : en fait, il se pourrait bien que le soleil se lève à l’Ouest.

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Jason Lytle – Dept. Of Disappearance (2012)

On avait laissé Jason Lytle s’amuser l’an dernier avec ses amis d’Earlimart et sortir le très bon I Heart California (2011) sous le nom de code Admiral Radley. Aujourd’hui, plongé dans Dept. Of Disappearance, la question qui submerge se révèle en fait des plus rationnelles : la vraie disparition, celle de Grandaddy (en 2006, déjà), est-elle si dramatique que cela ? Car avec un tel album, Jason Lytle, le cerveau de l’ex-bande de Modesto, réalise une œuvre qui n’a finalement pas tant que ça à envier à celles de ses anciens protégés.

Maître inaliénable de cette si typique indie pop atmosphérique flanquée de claviers magiques, Jason Lytle invite encore à un délicieux voyage mélancolique, comme une promenade en gondole sur un canal lacrymal. À côté du titre éponyme ou de Your Final Setting Sun, qui résonnent déjà comme des classiques, on déguste avec gourmandise la sucrée et plus ramassée Get Up And Go. Mais le coup fatal est porté par l’immense et splendide Matterhorn, à l’étonnante effluve du Variations Sur Marilou de Serge Gainsbourg, qui vient s’adjuger une place au panthéon du songwriter, et sûrement au-delà. Notre faiblesse pour ce type n’est pas près de disparaître.

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Ty Segall – Twins (2012)

Comme prévu, l’insatiable Ty Segall balance son album annuel, qui est en fait son troisième en 2012 si l’on prend la peine de compter le hardos Slaughterhouse paru sous le nom de Ty Segall Band, et Hair, en collaboration avec White Fence (et tous deux déjà bien sympas). Ici, Twins succède plus sûrement au plutôt “calme” Goodbye Bread (2011) et, quintessence de pop joliment sale, pourrait bien prétendre au titre de meilleure réalisation du Californien.

Car plus que jamais, on imagine alentours des Beatles respectueusement trainés dans la poussière crasseuse d’un hangar à l’abandon. Un endroit qui, avantageusement squatté par ce touffu du caillou et sa bande de potes non moins chevelus, deviendrait the place to be pour salir ses jeans moulants et vider quelques bières chaudes au son de ce rock garage intenable. L’implacable Thank God For Sinners, l’endiablée You’re The Doctor, l’acidulée Would You Be My Love ou la lancinante Ghosts : la première moitié de Twins est irréprochable. Après un petit coup de mou pour entamer la seconde (They Told Me Too et Love Fuzz), la fin retrouve de belles couleurs avec notamment la posée Gold On The Shore. Qui illustre parfaitement l’impression ultime : Ty Segall a encore semé un peu d’or sur la plage.

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First – Hermes Has Left The Building (2012)

Après des premières démos carrément épatantes distillées par le groupe en 2011, l’impatience de voir débarquer le First album était particulièrement vivace. C’est progressivement que nous avons vu Hermes Has Left The Building dévoiler ses charmes, à coup de mises en ligne régulières sur le Soundcloud du londonien Ben Fox Smith (alias Young Sawbones), avant que ses dix titres soient compilés et ordonnés fin septembre sous cette forme. Le résultat est probant, même si le côté direct et fougueux des quatre ou cinq morceaux initiaux n’est plus aussi évident.

Là où éclatait une forme de pure spontanéité, ici transpirent les aspects plus complexes du songwriting de Smith, et donc des morceaux plus longs, tortueux, bigarrés. Mais pas moins séduisants. Car c’est aussi dans l’exploration étirée de ce monde protéiforme, fait d’évidences et d’étonnants détours, que vient se nicher le plaisir. Comme par exemple celui débusqué dans la dernière minute de The Tights Of a Dozen Women, lors de ce délicat final pop décalé. Ou plus prosaïquement celui diffusé par Kate And I ou See You Later, potentiels singles à la teneur plus classique mais à l’indéniable efficience. Avec une regrettable discrétion, Ben Fox Smith poursuit ainsi un parcours de premier choix.

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Nine Black Alps – Sirens (2012)

Sans complètement succomber au chant de ces sirènes, force est de constater que Nine Black Alps revient avec ce quatrième album dans de plutôt meilleures dispositions que lors des deux précédents efforts, Love/Hate (2007) puis Locked Out From The Inside (2009) et leur paire et demi de morceaux à sauver du marasme. Il ne s’agit pas de se martyriser le postérieur sur l’asphalte, mais l’inamovible pop grunge des Mancuniens retrouve sur Sirens une dose de cohérence et des titres dotés d’une certaine robustesse.

Non, pas tant que sur le premier et tonitruant Everything Is (2005), loin de là, mais c’est à croire que les aventures parallèles de Sam Forrest (en solo) et Martin Cohen (avec Milk Maid) ont revivifié nos poissons. Résultat : douze titres énergiques à la facture simple assumée, la plupart ayant au moins le mérite d’accoucher de bons refrains accrocheurs (Away From Me, s’il faut vraiment en sortir un). Et ça marche même quand le groupe se fait plus coulant (Phosphorescence) ou plus viril comme sur un brûlot à la Nirvana (Living In a Dream). On préfère ces sirènes rassurantes et séduisantes plutôt que d’autres assourdissantes qui n’en finiraient plus de retentir.

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Ball Park Music – Museum (2012)

Les Australiens de Ball Park Music n’auront pas trop traîné pour y aller de leur seconde livrée. Un an après Happiness and Surrounding Suburbs (2011), voici ce Museum dont la visite se révèle presque aussi intéressante que celle des banlieues préalables. Presque ? Pas que les cinq de Brisbane y exposent des œuvres moins admirables, mais la collection y est peut-être sensiblement moins homogène.

Pourtant, ça attaque sur les chapeaux de roue avec la bombe imparable Fence Sitter, qui évoque quelques uns des plus fameux titres de Exhibit A (2004), l’excellent (et meilleur) album de The Features, avec son riff de clavier infaillible et surtout son refrain qui pourrait être une définition du mot addiction. On repère également Coming Down et Pot of Gold, avec leurs effluves de Brendan Benson. Le reste inspire souvent de la sympathie, sans forcément toujours bouleverser. Mais il est assez naturel, finalement, de ne pas être subjugué par toutes les pièces d’un musée.

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