together PANGEA – Badillac (2014)

La Californie est aujourd’hui le royaume du garage rock, les FIDLAR, Wavves, Hanni El Khatib ou les plus émergeants CHAMP le prouvent avec éclat. Parmi cette belle ribambelle, il faut aussi compter d’agréables courtisans: together PANGEA. Avec Badillac en guise de second album, le trio Angeleno offre une jolie pièce du genre, truffée de rythmes emballants et de mélodies efficaces (et réciproquement).

D’entrée, “Alive” souffle le chaud et le froid, alternant un couplet quasi à la AC/DC et un refrain punk-rock à whouhou rouleau-compresseur. Plus loin, le titre éponyme ou “Offer” s’imposent comme de supers ballades addictives, tandis que “River” coule toute seule. Puis entre autres faits marquants, un “Sick Shit” qui défouraille ou un “Cat Man” un peu plus indolent mais qui écharpe tout autant. Avec together PANGEA, la réputation garage du Golden State est loin d’être écornée.

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Odonis Odonis – Hard Boiled Soft Boiled (2014)

Au rayon des brûlots de punk-rock qui marquent carrément une vie, on pense d’abord et par exemple à l’effet que nous avait fait, en 2002 déjà, le “Lightsabre Cocksucking Blues” des mythiques Gallois de Mclusky, en ouverture du deuxième album Mclusky Do Dallas. C’est ce type de claque intersidérale que nous colle “Order In The Court”, joyau d’un autre deuxième album, celui du trio torontois d’Odonis Odonis.

Fulgurance parano, psychotique, aliénée, au subtil tatouage indus, ce titre est une vraie bombe dévastatrice comme trop peu nous torpillent – portée de surcroit par une vidéo magnifique qui donne vie aux peintures de Jérôme Bosch. Le reste de Hard Boiled Soft Boiled, moins enflammé, souffre fatalement de la comparaison, mais son gros shoegaze garage reste très convaincant, en particulier le premier single “New Obsession” ou “Breathing Hard”. Votre Honneur, le jugement sera sans appel.

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Big Ups – Eighteen Hours Of Static (2014)

Il y a comme un vent d’effervescence  dans l’indie rock de la Côte Est ces derniers temps. À quelques encablures de la bouillante Philadelphie, que l’on vante très souvent par ici, la Grosse Pomme ne s’en laisse pas vraiment compter. Témoins dans des sensibilités différentes les excellents PORCHES., Frankie Cosmos, LVL UP, Swearin’ ou Flagland qui sévissent actuellement. Potes justement de ces lo-fi punk garageux de Flagland avec qui ils ont partagés un split 7” en 2013, Big Ups propose de son côté une formule un peu plus musclée.

Le quatuor y va ainsi de beuglements hardcore alternés avec des lignes de cordes posées dans un élément des plus simples, de déflagrations sonores en passages parlés puis scandés… tout un univers qui nous place non loin des géniaux Double Dagger. Ceci vrombit d’évidence sur “Justice”, “Wool” ou encore “Goes Black”, quand “Atheist Self-Help” offre lui un punk rock plus classique. Et si la fin d’opus s’avère un peu plus poussive, le plaisir de profiter d’un très bon représentant de cette vivace scène new yorkaise n’est pas gâché.

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Modern Baseball – You’re Gonna Miss It All (2014)

La seconde base était attendue comme la confirmation du vrai potentiel entrevu avec Sports, lancé en 2012. Mission très largement réussie: Modern Baseball ne fait pas flancher sa batte sur You’re Gonna Miss It All et va même plus loin en faisant de ce deuxième album un petit bijou de pop punk. Morceaux plus aboutis, style et personnalité plus affirmés, production plus élaborée: tous les ingrédients de la réussite ont ici été réunis par nos petits gars bien doués de Philadelphie.

L’excellent “Fine, Great” qui ouvre l’opus résume bien l’étendue de la palette déployée: petites guitares folky, grains de voix typés, évidences mélodiques, basculements sur des enlevées rythmées, foisonnement des atmosphères… Toute une richesse qui rend ce disque indécrottable au fil des écoutes. Même l’audace de s’essayer à une sorte de country punk sur “Going To Bed Now” paye puisqu’il s’agit peut-être du meilleur titre d’une collection où “Two Good Things” fait apprécier sa saveur d’Idlewild et “Your Graduation” son envergure de single. Modern Baseball, de la balle.

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Not Scientists – Leave Stickers On Our Graves (2014)

Malgré une grande sympathie envers la fratrie/galaxie Uncommonmenfrommars, tête de pont depuis une quinzaine d’année de la scène punk-rock (mélodique) en France, on avait un peu lâché le groupe sur les quelques derniers albums qui sentaient un peu trop la resucée et peinaient à entretenir la flamme des Vote For Me (2001) et Noise Pollution (2004). La pause à durée indéterminée de la bande depuis l’été 2013 donne l’occasion au chanteur guitariste Ed (qui sévit aussi au sein des bons Sons Of Buddha avec l’autre frérot Forest Pooky) et au bassiste Jim (qui passe ici à la gratte) d’y aller d’un nouveau projet: Not Scientists.

Et force est de constater que si nos amis n’ont peut-être pas eu leur Bac S, ils réussissent avec brio l’épreuve du premier EP. Leave Stickers On Our Graves parvient en effet à associer le meilleur du songwriting punk estampillé Ed/UMFM avec des tendances indie et power-pop plus affirmées. Et propose en fait tout simplement de très bons morceaux. D’emblée, l’accrocheur “Wrong Side Of The Highway” affiche les excellentes dispositions du quatuor, qui ne se démentiront pas au long des six titres. Comme sur un “I Don’t Feel So Crazy” au parfum du Blink-182 de la belle époque, ou un enlevé “Shoplifter”. Sans vouloir être sinistre, voilà un break qui se révèle particulièrement réjouissant.

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DL (L’EP est à 6€. Il faut soutenir le groupe, mais si vous êtes vraiment fauchés, écrivez-moi et on s’arrangera.)

Purling Hiss – Water on Mars (2013)

Découvert à Paris en première partie du très bon power-popeux Mikal Cronin il y a quelques mois, Purling Hiss nous avait laissé une jolie impression. L’écoute de ce qui semble être déjà son cinquième LP depuis 2009 (!) confirme les belles dispositions du power-trio de Philadelphie (tiens tiens, encore Philadelphie, décidément…). Et quoiqu’un peu inégal, Water on Mars n’apaise pas seulement la soif extra-terrestre.

Après un “Lolita” nirvanien un peu lourdaud pour attaquer, la suite propose une belle ode au rock 90’s. On pense ainsi clairement à Dinosaur Jr. sur “Mercury Retrograde”, à Pavement sur “Rat Race” ou au Beck de One Foot in the Grave sur “Dead Again”, trois titres impeccables. Même la longueur du morceau éponyme se laisse plutôt bien avaler, presque autant que la piqure finale de la délicieuse “Mary Bumble Bee”. Purling Hiss, ou un murmure sympathique à faire siffler entre ses oreilles.

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CHAMP – Brain Decay (2013)

À peine un trimestre après un premier EP éponyme qui déboulait avec insolence dans la baie de San Diego pour disputer à Wavves la suprématie locale en termes de punk garage, revoilà CHAMP avec un nouvel EP encore plus ramassé, trois titres qui enfoncent le clou avec vigueur dans le chaud sable californien. “Piss”, “Blood” et “Bones”, tels des dragsters, vrombissent et laminent les plages à coups de riffs et de refrains rageurs.

On pourrait bien pinailler en avançant que les morceaux auraient pu être très sensiblement écourtés pour gagner en efficience et en imparabilité. Mais donc oui, ce serait pinailler. Car galvanisés par un gros son et cette évidente facilité de pondre de bonnes chansons, nos quatre amis ont bien le droit de s’emballer. De notre côté, emballés, nous le sommes. Et attendons avec les plus belles espérances l’étape LP.

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Swearin’ – Surfing Strange (2013)

Deuxième album pour Swearin’ qui fait office de jolie suite à l’excellent album éponyme paru l’an dernier. Plus posé, Surfing Strange propose aussi des titres un peu plus longs, moins adolescents. De là à parler du fameux “album de la maturité”… Le pas à franchir est toujours facile, l’écueil aussi. En tout cas la bande new-yorkaise sait faire évoluer sa formule avec grand intérêt, toujours auréolée de cette marque de fabrique mêlant chants féminin et masculin.

Formule qui évidemment emprunte aussi de nombreux ingrédients à l’indie rock des années 90, entre riffs et fuzz grungy, basse pixienne, relents de Kim Deal (The Amps) et des Throwing Muses, et même par exemple un “Watered Down” aux quasi-accents de Hole. “Dust in the Gold Sack” lance habilement un opus qui fait montre d’une belle homogénéité – comprendre “cohérence” -, sans véritable tube mais avec onze titres offrant chacun un univers où il fait bon surfer. Et finalement il n’y a rien de très étrange là-dedans.

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PORCHES. & LVL UP – SPLIT 7″ (2013)

Voici la très fine fleur indie new yorkaise réunie sur ce ravissant split de quatre titres. À ma droite LVL UP, qu’on suit à la trace depuis la sortie en 2011 de l’excellent premier LP Space Brothers; à ma gauche, véritable révélation enchanteresse, leurs amis de PORCHES. emmenés par le chanteur guitariste Aaron Maine. Avec “Cross the Sea” et “Bad Blood”, LVL UP propose deux belles pièces contrastées qui illustrent bien le talent et le chemin réjouissant que continue d’emprunter le groupe.

Mais ce sont les deux morceaux de PORCHES., en nous ouvrant les portes de l’univers merveilleux du quintette et de son leader au songwriting et à la voix magiques, qui créent la grande émotion. Surtout l’enivrant, obsédant, gentiment fuzzy et doucereusement mélancolique “Townie Blunt Guts”. Mais le folk pur de “Strapping Young Weirdos” touche en plein cœur également. Cette paire de perles est un ticket parfait pour se (re-)plonger dans le premier et somptueux LP du groupe paru cet été, Slow Dance in the Cosmos (<— Il faut cliquer sur ce lien). Comme pour LVL UP sur son premier album, il est donc question d’espace; PORCHES. va nous y emmener très loin.

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Kevin Devine & The Goddamn Band – Bubblegum (2013)

En écoutant débouler Bad Books en 2010, on se demandait comment cela pouvait être à ce point meilleur que Manchester Orchestra, groupe dont était issue la moitié barbue de ces mauvais bouquins. Trois ans plus tard, la réponse vibre comme une simple et magnifique évidence: Kevin Devine. Le songwriter New-Yorkais, autre cerveau de Bad Books, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il publie album sur album depuis plus de dix ans. Cette année, le septième, Bubblegum, sort le même jour que le huitième, Bulldozer (à moins que ce soit l’inverse) (!?!).

Et autant dire que c’est cette pâte à mâcher qui risque de rester collée un certain temps sous nos baskets. Impeccable de bout en bout, Bubblegum a tout simplement l’étoffe pour, à défaut de devenir un classique de power pop, s’affirmer comme une vraie merveille de l’année. À mi-chemin entre les voisins de Fountains of Wayne et un Telekinesis qui retrouverait de l’inspiration. D’entrée, “Nobel Prize” et “Private First Class” font tout comprendre: le cocktail énergie-mélodie-efficacité sera imparable. Et même la beaucoup plus longue “Redbird” laissera savourer sa délicieuse division. Avec finalement cette tentation de troquer une lettre du patronyme de notre “Kevin divine”.

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