Top 2018

Mesdames et messieurs, voici venu Le Top Albums 2018 à la con Douilles de Rockeur:

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1) Car Seat Headrest – Twin Fantasy

L’ironie de 2018 restera que son meilleur album date de 2011. En décidant de réenregistrer avec des moyens dignes de son nouveau statut un opus de jeunesse déjà culte, le “king of indie-rock” s’est lancé un défi cocasse. Le résultat est une réussite totale tant le son léché apporte puissance et grandeur à des compositions qui, fidèles au savoir-faire de Will Toledo et sa bande dorénavant élargie, savent faire fi des formats et jouer les montagnes russes entre refrains irrésistibles, authentique émotion et énergie maîtrisée. L’épique “Beach Life-In-Death” résume un peu tout ça. Et à ce rythme il y a fort à parier que le prochain album de Car Seat Headrest sera encore “album de l’année”, mais peut-être de la bonne année cette fois.

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2) Young Jesus – The Whole Thing Is Just There

Et le miracle de la beauté fut. Jusqu’ici, notre attention n’avait pas été vraiment retenue par les Californiens, pourtant actifs depuis 2010. Mais le titre de ce quatrième album était certainement prémonitoire: la chose entière est juste là, tout est peut-être concentré ici, le songwriting habité de John Rossiter, habillé par un indie-rock grandiloquent dans lequel s’entrelacent des longueurs post-rock pourtant pas chiantes (les vingt minutes de “Gulf” ont l’air d’en faire quinze de moins). Évoquant Pile tels des cousins de la côte opposée, Young Jesus offre le grand moment de grâce de 2018.

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3) Mitski – Be The Cowboy

Si Will Toledo est bien le nouveau “king of indie-rock”, la “queen of indie-rock” se prénomme Mitski. Après son merveilleux Puberty 2, déjà dans les musts de 2016, la jeune Américaine d’origine nippone revient avec un album poussant encore plus loin la digestion de la crème du rock indé américain de ces trente ou quarante dernières années. Un songwriting peut-être mieux ciselé; une diversité de pop de la plus sensible (magnifique “Two Slow Dancers“) à celle de dance floor (“Nobody“) en passant par de la synth-pop incroyablement crédible (“Why Didn’t You Stop Me?“); la concision comme forme de modestie de ne pas enfanter des tubes trop calibrés; une voix juste belle comme il faut: Mitski, tout simplement la classe, au naturel.

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4) Sewingneedle – User Error

La ville de Steve Albini est évidemment un havre privilégié pour l’indie-rock, notamment le noise-rock, et les power trios en particulier. On y voit ainsi régulièrement fleurir des petits trésors, tels Meat Wave ou Lardo ces derniers temps. Cette année, c’est le souffle de Sewingneedle qui vrombit dans les rues de Chicago-Windy City. C’est précis, racé, prenant, tonitruant. Et l’enchaînement “Dumhinger“-“Whirlybird” est tout bonnement l’un des plus marquants climax rock de l’année. Renfoncez-vous donc l’aiguille.

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5) The Spirit Of The Beehive – Hypnic Jerks

Avec une relative discrétion (mais en étant tout de même le groupe préféré de Mitski), la troupe de Philadelphie (autre remarquable scène indie-rock de l’Amérique contemporaine) poursuit sa route et y va d’un troisième album très attrayant. Sa pop dégingandée est truffée de gimmicks, d’ambiances, mais surtout de mélopées distinguées (“Nail I Couldn’t Bite“, “D.o.u.b.l.e.u.r.o.n.g.“) et de virées plus mordantes comme le titre éponyme. Tout ceci est bien trippy et on se laisse fort volontiers emporter par le tourbillon de cette ruche ensorceleuse.

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6) Parquet Courts – Wide Awake!

Soyons honnêtes: nous commencions à désespérer de nous éprendre de Parquet Courts, dont chaque album, pourtant encensé par la critique établie, n’avait que nourri chez nous la nostalgie de Teenage Cool Kids et Fergus & Geronimo, deux formidables formations de jeunesse du leader Andrew Savage. Jusqu’à ce Wide Awake! qui pour le coup, oui, sonne le réveil. Est-ce la production de l’inspiré Danger Mouse? Ou plus simplement (et probablement) cette magistrale panoplie indie-rock punk arty déclinée tout au long des treize titres porte-bonheur? Peu importe, on a retrouvé notre Savage au sommet, et cette joie nous suffit bien.

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7) The Men – Hated: 2008​-​2011

Il faut croire que cela restera une marque de fabrique de 2018: certaines de ses plus belles pépites dates d’avant. Ici une compilation de démos des New Yorkais de The Men enregistrées entre 2008 et 2011, montrant la bande dans son versant le plus brut et le plus punk. Alors qu’il faut avouer avoir un peu perdu le groupe sur ses deux ou trois derniers albums, l’exhumation de ses créations initiales révèle des trésors. Faisant souvent la part belle à des passages instrumentaux allongés, c’est la rage, l’énergie et la goût du riff acéré qui s’expriment principalement. La fin du disque est particulièrement affriolante avec le surf punk crado et endiablé de “Captain Ahab” et l’ultime hymne instru “Wasted“. Des Hommes on vous dit, des vrais.

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8) Big Ups – Two Parts Together

Comme leurs amis et voisins de Brooklyn LVL UP, cette année aura eu raison de Big Ups et c’est tout une génération de cette scène estampillée du label culte Exploding in Sound qui s’évanouit. Ce troisième et donc dernier album tire le fil d’or des deux précédents, celui d’un post-hardcore raffiné, maniant avec brio l’art de la nuance, des temps forts et des temps calmes, des lignes de guitare et de basse claires et pures, alliées aux soubresauts vocaux de Joe Galarraga. Big Ups était peut-être le plus bel héritier des mythiques Double Dagger. Avec ce legs final, leur absence nourrira presque autant de regrets.

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9) Boy Azooga – 1, 2 Kung Fu!

C’est l’une des belles découvertes de 2018 et elle nous vient de Cardiff. Avec sa pop toute fraîche, Boy Azooga envoie un premier album séduisant dont l’identité se forge surtout autour d’une voix joliment fluette et des rengaines saillantes de clavier, même si des escapades dynamiques trouvent aussi leur place. La doublette “Breakfast Epiphany“-“Loner Boogie” lance parfaitement les hostilités de cette charmante virée galloise.

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10) Lala Lala – The Lamb

Mettez une bonne dose de Frankie Cosmos, ajoutez une petite pointe de Mitski (encore elle), et vous obtiendrez un truc comme Lala Lala. Passée sous les radars en 2016 avec un premier album qui posait sympathiquement les bases de sa pop-grunge minimaliste, cette Britannique installée à Chicago récidive cette année avec The Lamb, collection largement attachante de morceaux doux-amers tels “I Get Cut“, “The Flu” ou l’addictif “Copycat“.

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Et aussi:

Ash – Islands: Apparemment, il est toujours possible de pondre des albums de power-pop corrects après 25 ans de carrière, témoin le tube à boucle  “Annabel“. Merci de passer un coup de fil à Weezer.

Barely March – Marely Barch: Un album très frais de teenage power-pop-punk enregistré sur l’ordinateur maternel (exemple: “Thinking Emoji“). On est curieux de voir grandir le petit Chris.

The Breeders – All Nerve: Là encore, le poids des ans ne touche pas tout le monde de la même façon (hein les Pixies?), et les mythiques de Dayton sortent un de leurs meilleurs disques (avec dans leur bagage une “Nervous Mary” appuyée ).

Forth Wanderers – Forth Wanderers: Indie-rock racé avec des réminiscences de Porches (quand c’était bien), ce premier album fait mouche avec des “Nevermine” en guise d’étendards.

Frankie Cosmos – Vessel: La constance de la chantre de la bedroom pop pour enchaîner des albums de grande qualité devient proprement impressionnante. Voilà qui donne envie de sautiller tiens, comme sur “Being Alive“.

It It Anita – Laurent: Nos Belges préférés ont élargi leur spectre pour embrasser plus amplement leur rock nineties chéri – avec gourmandise et bonheur. Suivez (notamment) l'”User Guide“.

Made Violent – Squeeze: La grungy power-pop (avec des petits accents strokesiens) des trois premiers morceaux de cet EP provoque une jouissance un brin régressive, mais on retourne encore et encore se jeter sur le trampoline de “Squeeze“.

Puts Marie – Catching Bad Temper: La symbiose façonnée par ces Suisses entre indie-rock groovy et flow hip-hop dilettante est tout à fait probante, “Catalan Heat” peut en témoigner.

Trace Mountains – A Partner To Lean On: Échappé de feu LVL UP, Dave propose ce petit bonbon de pop synthétique et réussit même à nous coller de l’auto-tune sans nous faire déguerpir (“Turn Twice“).

Youth Avoiders – Relentless: Il reste, à Paris même, d’illustres adeptes de punk-hardcore, qui tracent leur route et la tracent bien. Une vivifiante tarte dans la gueule, comme avec ce “Watch Me“.

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La playlist Spotifaille Douilles de Rockeur 2018: https://open.spotify.com/playlist/4loz3NK8wvzROMvhPlGI8G