Top 2017 (2nd semestre)

Le Top Albums 2017 à la con Douilles de Rockeur:

  1. Pile – “A Hairshirt Of Purpose”
  2. Lysistrata – “The Thread”
  3. King Gizzard & The Lizard Wizard – “Murder Of The Universe”
  4. Shannon Wright – “Division”
  5. BIG FRED – “Oh Hi Hello”
  6. Grandaddy – “Last Place”
  7. METZ – “Strange Peace”
  8. Palehound – “A Place I’ll Always Go”
  9. Aye Nako – “Silver Haze”
  10. Space Mountain – “Supermundane”

Et sinon voici de manière un peu plus détaillée les 10 disques de la deuxième partie d’année (ordre alphabétique):

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Aye Nako – Silver Haze

La curiosité de tomber sur un groupe de blacks-queers-trans qui fait du rock est très vite dépassée, car ce deuxième album des New-yorkais d’Aye Nako est tout simplement une impeccable petite bombasse indie-punk-rock. Le chant féminin, qui n’est pas sans rappeler Hole par moments, n’est pas le seul rapprochement à faire avec l’excellent Speedy Ortiz: ce souci d’emberlificoter des riffs de guitare finement ciselés est aussi une marque de fabrique partagée. Et voici un nouveau fleuron de la côte Est à garder à l’œil.

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BIG FRED – Oh Hi Hello

Derrière ce groupe et cet album où tout respire le minimalisme, si ce n’est le je-m’en-foutisme, se cache l’une des plus belles découvertes de l’année. En une petite dizaine de titres de une à deux minutes, le trio de Rochester tape en effet dans le mille de l’émotion, avec la voix de Conor McCann qui peut sembler déroutante de prime abord mais dont le grain, sur le fil, impose son épice ; et puis ces compositions à la fois suaves et abrasives qui collent au cœur. Bonjour BIG FRED, et pas au-revoir.

(Ce morceau, “Pet”, est le dixième morceau de l’album… que l’on découvre seulement quand on l’achète: tu sais ce qu’il te reste à faire).

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Big Ok – Big Ok

C’est ni plus ni moins qu’un petit tour de force que réalise cet improbable trio espagnol sur cet album. En parvenant non seulement à créer une vraie alchimie entre la guitare, la batterie et le violon, mais surtout en donnant naissance à des compositions où l’équilibre subtil entre expérimentations, improvisations, noise-rock et virées aériennes fait des ravages. Le tout porté par un chant charismatique à la Josh Homme. Big ok pour Big Ok donc, découvert via A Tant Rêver du Roi, label au goût sûr.

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Camp Howard – Juice EP

Ce fut la bande-son de notre été. À souhait: ensoleillée, accrocheuse et… juteuse. Pour sûr, la quatuor de Richmond ne s’est pas trompé dans l’appellation de son dernier EP. Les six titres de Juice sont absolument délectables, du titre éponyme et ses clins d’œil strokesiens, au “Mismo” chanté en espagnol où l’on s’imagine très bien trotter (nu?) sur la plage, en passant par le punky “Country” et le renversant “Fucked Up”. Pour un éternel été, reprend donc une rasade de Camp Howard.

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Loose Tooth – Big Day

Une belle surprise venue de la fort recommandable scène de Philadelphie que ce Loose Tooth. Avec son indie-rock teinté d’émotion, sachant se faire véloce (“Sleep With The State Concept”) et souvent bigrement bigarré (“Garlic Soup”, “Roach Motel”), le groupe marque son territoire – dans des zones rappelant par exemple celles d’un Donovan Wolfington. Le temps d’un “Day Old Glory” féminin-masculin, on en devient même accro à un refrain entêtant. Loose Tooth, ce n’est clairement pas perdu pour tout le monde.

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The Love Junkies – Cough and Splutter EP

Ce n’est pas tous les jours qu’en une demi-écoute d’EP se forge l’intime conviction que l’on a affaire à l’un de ses nouveaux groupes préférés. Il faut pourtant se rendre à l’évidence: en une douzaine de minutes, cette merveille venue du bout du monde (Perth, Australie) a tout défouraillé sur son passage, comme des Queens Of The Stone Age suramphétaminées qui ne renieraient pas la fibre FIDLAR (le “Past Intense” terminal), avec une science intense de la puissance et du chœur. Il faudra aussi – et donc – en profiter pour fouiner les précédents enregistrements du trio devenu quatuor, dont l’excellent second album Blowing On The Devil’s Strumpet. Et ne plus les lâcher d’une semelle.

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Lysistrata – The Thread

Après un EP remarquable et réjouissant en début d’année, le trio de Saintes a conclu 2017 avec un premier album impressionnant, poursuivant avec un talent bluffant leur œuvre syncrétique de tout ce qui se fait de mieux dans l’indie-rock actuel. Enregistré live, respirant la spontanéité, s’amusant des formats, jouant les montagnes russes, The Thread multiplie les moments forts avant de s’achever sur un superbe “The Boy Who Stood Above The Earth”. N’y allons pas par quatre chemins: Lysistrata est aujourd’hui le meilleur groupe de rock en France, et risque d’aller bien loin.

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METZ – Strange Peace

Alors que les deux premiers opus n’avaient jamais vraiment convaincu par ici, il faut croire que l’effet Albini a encore fait des siennes. Il relève de l’évidence que le gourou de Chicago devait bien un jour finir pas s’occuper du trio de Toronto, et ce Strange Peace confirme le bonheur du l’union. Corrélation ou non, METZ a injecté un zest de popitude et un soupçon de grungitude dans son gros noise rock ravageur. Une recette révisée qui donne un tout imparable, avec dans le lot un “Cellophane” qui est certainement LE morceau rouleau-compresseur de l’année. Ajoutez à cela une prestation surpuissante au Trabendo en novembre pour ce qui restera le concert de 2017, et on se dit “vive la Moselle!”

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Space Mountain – Supermundane

Sans crier gare, Space Mountain a été l’une des attractions de l’année (tu l’as?). Le projet est mené par Cole Kinsler, qui clairement est loin d’être un Mickey (j’arrête). En gros, Space Mountain, c’est un peu comme si LVL UP avait viré folk. Le plus flagrant, c’est ce grain de voix du bostonien, tellement voisin de celui des New-yorkais. Mais des ponts s’établissent également musicalement puisque cette folk est imprégnée de secousses électriques et rythmiques, ainsi que d’un songwriting biberonné aux nineties. Une année sans album de LVL UP avec finalement un quasi-album de LVL UP, c’est-y pas beau?

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Washer– All Aboard

C’est bien simple, nous sommes des inconditionnels de l’écurie de Brooklyn Exploding In Sound Records (Pile, Big Ups), et la tendance à aimer tout ce qui vient de là les oreilles fermées n’est pas nécessairement usurpée. Mais l’attrait pour le premier album de Washer en 2016 (Her Comes Washer) n’était clairement pas feint, et le penchant ne se dément pas avec ce second effort qui vient confirmer les belles intentions du duo. 15 petites bricoles gentiment tarabiscotées, fleurant bon l’indie-rock DIY sincère, avec chacune son petit truc qui fouette ou flatte ou les deux. On en ressort ravis d’avoir été passés à la machine.

Top 2017 (1er semestre)

 

Cende – #1 Hit Single

Avec des membres de LVL UP et Porches dans son escarcelle, le pedigree était prometteur. Quand à cela s’ajoute le featuring de Greta “Frankie Cosmos” Kline sur “What I Want”, ça donne carrément l’un des grands moments d’indie-power-pop de ce début d’année. Au final, le premier album de Cende, même très ramassé (8 titres, 22 minutes) n’a pas grand chose à envier au meilleur des groupes dont il émane, et en offre même une superbe quintessence.

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Fishboy – Art Guards

Nouvel album concept de notre chouchou de Denton, avec cette fois des histoires personnelles et des métiers qui se croisent et se recroisent sur fond de power-pop typique et d’univers graphique entier, marque de fabrique d’Eric Michener. La première partie du disque est particulièrement accrocheuse, avec cet enchainement “Art Guard”-“Former Performance Artist”, ce dernier titre offrant une ritournelle d’intro parfaitement indécrottable.

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Grandaddy – Last Place

Faire aussi bien que 20 ans plus tôt, ce n’est pas donné à tout le monde, même aux meilleurs. Avec Last Place, Grandaddy réussit brillemment le challenge, comme aux plus belles heures des nineties, avec une recette inchangée qui doit en grande partie au génie de Jason Lytle. Tout y est, guitares frottantes, synthés taquins, mélodies à pleurer – ce que l’on ne cesse de faire de toute façon depuis le décès subit du bassiste Kevin Garcia en mai dernier…

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King Gizzard & the Lizard Wizard – Murder of the Universe

Messieurs-dames, si l’apocalypse est ainsi, nous voulons en être. Ce deuxième album de 2017 (en attendant les deux ou trois autres) de nos stakhanovistes australiens du garage psyché est un nouveau chef d’œuvre. Ici, trois grands mouvements foisonnants autour d’histoires hallucinées et manichéennes de bête, de mort, de lumière, d’obscurité, de cyborg voulant dégobiller et finissant par être le responsable de la fin du monde. King Gizzard & the Lizard Wizard est aujourd’hui l’un des groupes de rock à la démarche artistique la plus passionnante du monde.

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Lysistrata – Pale Blue Skin

Ceci n’est peut-être qu’un EP de quatre titres, mais on y trouve plus de réjouissances qu’un paquet de double albums ne seront jamais capables de proposer. Enfilez par exemple ce “Pantalonpantacourt”, grand morceau foufou de ce premier semestre. Trio frenchy (de Saintes), Lysistrata déroule une combinaison chatoyante de ce qui se fait de mieux en indie-rock, math, punk, pop, post-quelque chose, en bâtissant des ponts qu’on enjambe avec délectation, le tout avec une maturité de vieux briscards – les gars n’ont pourtant que 20 balais. Saisissant.

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Palehound – A Place I’ll Always Go

Ellen Kempner, l’âme de Palehound, est l’ex-colloc de Sadie Dupuis, l’âme de Speedy Ortiz. Et si on envisageait une compèt’ entre les deux copines, il se pourrait bien que la première soit en train de prendre la suprématie parmi les meilleurs groupes de meufs d’indie-rock, avec un second album particulièrement affriolant. Songwriting affiné et voix onctueuse sont les piliers de cette collection de titres foutrement attachants, tel l’infaillible “If You Met Her”. Enchanté, madame.

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Pile – A Hairshirt of Purpose

Un nouvel album de Pile, c’est un bouillonnement toujours un peu étrange, des montagnes russes qui promettent de l’émotion au détour de la moindre courbure. Sur ce cinquième épisode merveilleux, les bostoniens déclinent toujours leur envoutante potion magique indie-noise-post-punk avec une classe sans faille. Ici, les fluctuations se font plus volontiers d’un morceau à l’autre qu’au sein d’un même, comme une certaine jurisprudence nous y avait habitué. Preuve s’il en fallait que le groupe poursuit sa marche, en creusant son sublime sillon, sans la moindre indolence.

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Real Life Buildings – Significant Weather

Ce premier semestre fut un peu la fête de la power-pop et la découverte de Real Life Buildings n’est pas anodin dans la qualité de cette petite sauterie. Les New-Yorkais, voisins de label de Fishboy (Lauren Records), déploient sur ce premier album une dizaine de titres dont la base folk serait difficile à renier, délicatement magnifiées par des guitares qui savent s’enfler quand il faut, comme les rythmiques, et des touches de clavier distingué ou un chant mixte opportun. Significativement charmant.

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Shannon Wright – Division

La doyenne de l’indie-rock sensible et racé offre un onzième album tout simplement superbe. Sibyllin, recentrée sur le piano, se contentant parfois de deux bits digitaux (“Accidental”) mais gardant la guitare branchée à bon escient (le morceau éponyme), ici la substantifique moelle du talent de l’américaine s’exprime avec peut-être plus de puissance que jamais. C’est même renversant de beauté, comme sur ces chefs d’œuvre que sont “The Thirst” ou “Iodine”. En deux mots: merci madame.

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Xetas – The Tower

“The” découverte punk-rock de ce début d’année. Le power-trio d’Austin rappe, ripe, cogne, renverse les corps et roule sur les dépouilles, s’acharne dessus à coup de bombes mordantes comme l’inexorable “The Jaws”. Le savant équilibre des beuglements féminins-masculins n’est pas pour rien à l’efficacité de la machinerie mise en route, qui ne serait pas grand chose, certes, sans un savoir-faire certain pour confectionner de vrais bons morceaux, où la dynamique ne néglige pas la mélodie. Grimpez-donc.