Top 2016

À force d’en être rendu à poster une fois par an, fatalement on se retrouve à y aller de notre palmarès de fin d’année à la con.

Alors voilà.

Mais il faut dire que cette année le mérite particulièrement, riche qu’elle fut en très belles sorties.

Voici donc, depuis le sublime album de Florist, les dix disques qu’il ne fallait pas manquer en 2016 – à mon humble et tout à fait partial avis bien évidemment.

Le tout dans un ordre parfaitement alphabétique, car une classification hiérarchique, c’était un peu trop me demander, hein…

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Car Seat Headrest – Teens Of Denial

L’alphabet fait parfois bien les choses car il s’agit incontestablement du meilleur album de l’année. Will Toledo est le nouveau “king of indie rock” et le prouve de manière absolument éclatante sur ce premier album sorti chez Matador (après une flopée balancée sur le Bandcamp du jeune homme). Empestant le talent à des kilomètres à la ronde, il s’amuse ici de toutes les normes pour envoyer 12 titres d’une richesse et d’une classe rare. Un très grand must.

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Frankie Cosmos – Next Thing

Une autre goulue de Bandcamp, qui après son premier “vrai” album Zentropy en 2014 poursuit ici son œuvre avec brio. La recette est toujours la même: des mini twerk-pop-lo-fi-anti-folk songs aguicheuses à souhait et vibrantes de sincérité. Aujourd’hui la voix suave de Greta Kline a de plus trouvé un écrin parfait avec cette orchestration minimaliste – lo-fi-anti-folk oblige – et surtout cette bonne basse priorisée. Vivement la prochaine chose.

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King Gizzard & The Lizard Wizard – Nonagon Infinity

Attention, cet album rend complètement fou. Les méga-productifs australiens ratatinent la concurrence garage, les californiens Ty Segall et Thee Oh Sees en tête, avec un énième album thématique brillantissime. Ici, 9 titres comme un seul, construits autour d’une même trame et étudiés pour s’enchainer à l’infini dans une démente vague psyché hypnotisante de rythmiques et de riffs ravageurs. Ouf, n’en jetez plus et remettez votre entonnoir sur la tête.

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LVL UP – Return To Love

Nos chouchous new-yorkais sont de retour pour notre amour avec un troisième album paru chez Sub Pop. Une montée en gamme labellisée qui suit la courbe ascendante des progrès constants affichés par le groupe à chaque nouvelle production. Une production ici particulièrement léchée justement, des compositions toujours plus fouillées, profondes, complexes, et un ensemble pourtant homogène malgré la présence de trois songwriters. Une fois encore et en toute cohérence, les voici au niveau supérieur.

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Mitski – Puberty 2

Dans un monde normal, Mitski serait la reine des charts. La collection des titres affichés sur ce quatrième album de la jeune nippone de la Grosse Pomme sonne comme une évidence: ici l’art de la pop song à l’américaine (tendance nineties, tout de même) est savamment digéré et redéployé avec goût et malice. Comme quand, par exemple, la chanteuse fait du Weezer en faisant mieux que Weezer (“Your Best American Girl”). Pas de doute, Mitski est une grande.

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PUP – The Dream Is Over

Tout simplement le meilleur album de punk-rock depuis un sacré bail. Et ça, c’est déjà énorme. Ajoutez à cela le meilleur morceau de punk-rock depuis un sacré bail (“DVP”), un emballage attachant (entre des clips chiadés et un disque qui a failli ne jamais voir le jour du fait des problèmes de voix du chanteur) et surtout des compositions particulièrement soignées et élaborées (pour du punk-rock), avec juste le zest d’émo qu’il faut: vous avez tout pour faire du quatuor de Toronto LE groupe du genre cette année.

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SIMULATORS – Teeth

Sorti de nulle part en cette fin d’année, enfin, plus précisément de Denver, Colorado, ce premier EP bénéficie certainement d’une écoute massive ces derniers jours pour figurer dans ce top annuel. Mais à elle toute seule la bombasse indie-punk que représente le premier titre “Harry Dean Stanton Was A Western Star” suffit à l’y imposer. Indécrottable. Sur la suite, le power duo guitare-batterie se fait moins évident, plus détraqué, mais le martèlement s’avère souverain et le plaisir n’est pas simulé.

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Troy Von Balthazar – Knights of Something

Le quatrième opus de l’esthète pop bricolo à fleur de peau est une nouvelle petite merveille. Que dire de plus? Armé de ses grattes ou claviers foutraques, de ses pédales à effets crados ou à boucles enivrantes, et surtout de cette voix susurrée débordante de mélancolie, l’ancien leader de Chokebore creuse le sillon qui lui convient certainement le mieux et atteint ici une sorte de plénitude bouleversante. Séchez vos larmes.

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Trupa Trupa – Headache

Ok, l’album est sorti en 2015, mais c’était en Pologne, ça compte quand même? En fait nous allons profiter de la publication de Headache cette année en France par le label nancéien Ici d’Ailleurs pour le faire figurer ici en bonne place. Pour les passerelles géniales qu’il dresse entre un rock indé nineties des plus subtils et un post-rock redoutablement magnétique. Et la confrontation des deux versants est tellement naturelle, inspirée, libre, que oui, on peut l’affirmer: l’un des grands groupes d’aujourd’hui nous vient de Gdansk.

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Valina – In Position

Il était temps de découvrir Valina puisqu’In Position est tout bonnement son EP posthume. Les 6 titres ici présents, enregistrés et mixés par Steve Albini messieurs-dames, résument bien la panoplie du groupe autrichien. Riffs imparables, mélodies pugnaces, rythmiques alambiquées mais chirurgicales, penchants expérimentaux saupoudrés de saxophone. Et puis là, ce “Dead Nobody”, petit chef-d’œuvre biscornu qui pourrait bien être le morceau de l’année.